HISTORIQUE :
---Dès l'Antiquité, à Rome sur l'"Avenue blanche" d'Antioche, des chandelles déposées dans des niches, avaient pour but d'éclairer les pas des noctambules. Elles étaient fabriquées avec de la filasse enduite de cire et de poix. A Ephèse, la célèbre Arcadiané (avenue reliant la ville au port) était bordée de portiques couverts, pavés de mosaïques et éclairés par une cinquantaine de lampes. Seules les grandes cités étaient pourvues d'un tel aménagement urbain, les édiles ne s'en préoccupaient généralement pas par manque de budget approprié ou par crainte des incendies. Ils préféraient laisser aux habitants le soin d'illuminer le devant de leur porte, plus pour signaler leur propre échoppe que pour éclairer la rue.
La bougie, comme on peut s'en douter, a été le premier type d'éclairage des rues. La lumière émise, très insuffisante, signalait les lieux de débauche. Les chandelles brûlaient devant des statues ou des images pieuses. A Paris, en 1318, les meurtres étaient si fréquents aux abords du Châtelet que Philippe V "Le Long" ordonna qu'une chandelle soit entretenue toute la nuit à la porte du palais; une deuxième chandelle éclairait les abords de la tour de Nesle et une troisième, le cimetière des Innocents.
---Afin d'améliorer l'éclairage, des recommandations - peu suivies - ont été prises, de temps à autre, à partir de 1524: celles-ci enjoignaient aux habitants d'allumer au premier étage de leur maison une lanterne ou de placer une bougie à la fenêtre de leur habitation. Mais les chandelles n'ont pas une durée de vie très longue: au plus, quatre ou cinq heures, et une fois les bougies éteintes, les malfrats redevenaient les maîtres de la ville (ils détroussaient les manants ou pillaient les riches demeures seigneuriales). Henri II tenta d'améliorer la situation et en 1558, il exigea qu'un falot fût allumé au coin de chaque rue de dix heures du soir à quatre heures du matin. "Où les rues seraient si longues que lesdits falots ne puissent éclairer d'un bout à l'autre, il en sera mis au milieu desdites rues". Au début, la période d'éclairage était fixée à quatre mois, mais jugée insuffisante, elle fut portée à cinq mois et dix jours (arrêt du Parlement du 23 mai 1562). Cependant l'éclairage était loin d'être parfait car les falots émettaient seulement une lueur rougeâtre et beaucoup de fumée (émise par la résine et l'étoupe des falots). Puis, le succès des porte-lanternes et torches, établis en 1662 par l'abbé Laudati, donna l'idée de l'éclairage public régulier.
Une lanterne à bougie (le vitrage jaune n'est pas d'origine).
---Louis XIV fut décidé - et il y parvint - à imposer son principe en matière d'éclairage public: "clarté et sûreté". Tout d'abord, les lanternes à bougies furent uniformisées et, afin de mieux diriger l'éclairage vers la chaussée, les réflecteurs en métal poli furent généralisés. Ensuite, il fit installer les lanternes en suspension au milieu des rues ou accrochées à des potences le long des murs, y compris dans les rues éloignées. Enfin Louis XIV fit marquer bon nombre des lanternes de son blason pour rappeler aux gens celui qui était le vrai chef! C'est le lieutenant de police de Paris, Gabriel Nicolas de La Reynie, qui fit appliquer les volontés du roi; et, dès son entrée en fonction en 1667, il fit porter le nombre de lanternes à bougies dans la capitale à 2736; elles étaient installées dans 912 rues. En 1721, il y en avait environ 5772 à Paris. Le touriste anglais Lister a laissé un témoignage dans Voyage à Paris: "Le luminaire est enfermé dans une cage de verre de deux pieds de haut, couverte d'une plaque de fer et la corde qui les soutient glisse de sa poulie dans une coulisse scellée dans le mur. Ces lanternes sont des chandelles de quatre à la livre et durent encore après minuit". Madame de Sévigné apprécie l'éclairage mis en place puisqu'elle raconte: "Nous trouvâmes plaisant d'aller ramener Madame Scarrron, à minuit, au fin fond du faubourg Saint-Germain, fort au-delà de Madame Lafayette, quasi auprès de Vaugirard dans la campagne. Nous revînmes gaiement à la faveur des lanternes dans la sûreté des voleurs". Ainsi l'éclairage urbain était-il devenu efficace et pouvait remplir sa principale fonction qui était de maintenir la sécurité. Seul inconvénient: tout ceci était aux frais des habitants. En 1702, l'édit qui instaura la division de Paris en vingt quartiers, créa un impôt de 300 000 livres pour l'entretien des lanternes et leur nettoiement.
Une ville au XVIIIème siècle.
---En 1763, Charles-Marie-Antoine De Sartine, Lieutenant Général de la Police, organisa à Paris, par l'intermédiaire de l'Académie des Sciences, un concours pour la conception de lanternes d'éclairage public plus fiables et efficaces. Ce concours, déclaré infructueux, fut reconduit, et, en 1766, l'Académie retiendra la lanterne à réverbère de Dominique-François De Châteaublanc. Celle-ci fonctionna tout d'abord à l'huile de tripes, puis à l'huile de colza qui donne une meilleure flamme. Elle augmenta la puissance de l'éclairage car elle était pourvue de miroirs de métal réfléchissant, de ce fait, le nombre de réverbères pour l'illumination des rues à Paris fut porté à 6 000 en 1769. L'allumage et l'entretien furent confiés à un personnel spécifique. Entre temps, la décision d'interdire l'allumage des réverbères les nuits de pleine lune fut prise, ce qui créa des mécontentements. Voici l'avis d'une personne de l'époque, Louis-Sébastien Mercier, sur l'éclairage public en 1782: "Autrefois, huit mille lanternes avec des chandelles mal posées, que le vent éteignait ou faisait couler éclairaient mal et ne donnaient qu'une lumière pâle, vacillante, incertaine, entrecoupée d'ombres mobiles et dangereuses : aujourd'hui on a trouvé le moyen de procurer une plus grande clarté à la ville et de joindre à cet avantage la facilité du service. Les feux combinés de douze cents réverbères jettent une lumière égale, vive et durable". Mercier ajoute à propos des taxes: "On fait payer tous les vingt ans, aux propriétaires des maisons, une somme assez considérable pour le rachat des boues et lanternes. La taxe surpasse de beaucoup les frais qu'il en coûte pendant ces vingt années; ce qui est une vexation de plus, que supporte le bon parisien". (Tableau de Paris, 1782). Les lanternes à huile étaient généralement suspendues au-dessus des rues (voir dessin ci-dessus) ou attachées à des potences, un système de cordage permettait de les faire descendre afin de les recharger en huile et de les entretenir. Toutefois l'éclairage à l'huile comportait quand même des désavantages: la combustion de l'huile provoquait des odeurs désagréables, les vents violents entraînaient des déperditions d'huile, l'humidité obscurcissait le verre, le prix de l'huile augmentait... Pour anecdote, des procès-verbaux furent dressés pour punir les personnes qui saccageaient les lanternes.
---En 1780, la lampe à huile à double flux d'air fut inventée par Ami Argand. Ce système - qui permet à un seul luminaire d'éclairer autant qu'une demi-douzaine de bougies - sera par la suite utilisé afin améliorer, une nouvelle fois, l'éclairage des rues. Cette découverte fut exploitée et commercialisée un peu plus tard par un apothicaire parisien (Quinquet) qui se permit de donner son nom à la nouvelle lampe.
Une ville à la fin du XVIIIème siècle.
Les lanternes étaient suspendues de cette façon.
Le système d'attache:
Aperçu du système de cordage qui permettait de faire descendre les lanternes à huile afin de les recharger en combustible et de les entretenir. Le cordage était attaché au crochet que l'on aperçoit dans le boîtier, celui-ci était fermé par une petite porte afin que personne ne puisse manipuler la corde pour faire descendre la lanterne. Que les lanternes soient suspendues au milieu des rues ou à des potences, le dipositif d'attache était le meême. Dans certaines villes ces systèmes d'attaches sont encore visibles aujourd'hui comme l'attestent ces photographies qui ont été prises au Puy-en-Velay (43) (Avril 2006).
---Plus tard, Louis XVIII fut séduit par l'éclairage au gaz. Celui-ci commença alors à se répandre (éclairage du passage des Panoramas à Paris, en 1817). Philippe Lebon, ingénieur des Ponts et Chaussées au service du pavé, déposa son premier brevet le 28 septembre 1799, pour l'utilisation du gaz issu de la distillation du bois, pour l'éclairage et le chauffage. La substitution du gaz à l'huile se généralisa seulement vers le début des années 1830. Les premiers réverbères au gaz furent installés à Paris place du Carrousel (quatre lanternes), puis douze rue de Rivoli. Durant sa carrière préfectorale, Claude-Philibert Barthelot (Comte de Rambuteau) parvint à faire implanter environ 8 600 becs de gaz dans la capitale. Les réverbères à gaz étaient fixés sur des mâts en fonte ou des consoles murales. Pour assurer l'allumage, l'extinction et l'entretien de ces réverbères à gaz, le nouveau et célèbre métier d'allumeur de réverbère fut créé. Ces allumeurs étaient reconnaissables de part leur long bâton muni d'une griffe et d'une lampe à alcool. La griffe servait à ouvrir le robinet de gaz qui était tenu hors de la portée des passants; la lampe à alcool - parfois remplacée par une batterie produisant une étincelle - avait pour but d'allumer le gaz. Il faut savoir que l'éclairage au gaz ne fut pas à la portée de tous, les campagnes ne connurent pas ce luxe.
---"Allumer et éteindre, chaque jour, aux heures déterminées suivant les saisons, cinquante-quatre réverbères, placés le long des rues, les entretenir en bon état de propreté, signaler [...] les réparations à effectuer, enfin passer, toutes les semaines, une nuit au poste des veilleurs, tel est le principal travail de Joseph T. Y compris la garde, comptée pour 10 heures, cette besogne l'occupe environ 38 heures par semaine, soit 1 976 heures par an. Il reçoit un salaire mensuel de 102 ou 105 francs, selon qu'il s'agit d'un mois de 30 ou 31 jours; de plus il a une gratification de 5 francs payée au 1er janvier; cela fait une rétribution annuelle de 1 250 francs. Il y a quelques gratifications extraordinaires [...] presque toujours réservées aux plus anciens employés [...]. À première vue, la rétribution paraît assez élevée, car le métier est d'apprentissage facile, ne réclame guère que de l'exactitude avec un peu d'attention et laisse beaucoup de loisir. Mais quand on réfléchit que l'allumeur est obligé à des courses nocturnes toujours fatigantes, quelquefois même dangereuses pour la santé, l'impression change et le salaire semble bien gagné. Ce qui est incontestablement le plus précieux avantage de la profession, c'est la fixité de la rétribution et l'absence de tout chômage." (Paris, Firmin-Didot, 1895).
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Représentations de becs de gaz.
Principaux types de becs de gaz. A gauche: Le bec papillon (flamme plate) (début XIXème siècle). Au centre: bec Auer (même système de la lampe à huile à double flux d'air inventé par Argand). A droite: bec renversé (à partie de 1900); ce système fut rendu possible lorsque la pression du gaz a pu être augmenté; le nombre de manchons peut augmenter; les lanternes actuelles d'éclairage public au gaz utilisent ce procédé.
Lanterne éclairant au gaz les rues d'une ville au début du XXème siècle.
---Certaines villes ont conservé des traces de l'éclairage au gaz, par exemple en ne supprimant pas les mâts et consoles murales qui supportaient les réverbères. De plus, il n'est pas impossible de voir des rues qui sont éclairées au gaz (l'éclairage est bien sûr assuré par des lanternes performantes dont le système d'allumage est bien différent de celui d'autrefois). (Pour plus d'informations sur l'éclairage public au gaz, consulter le site d'AFEGAZ).
Console témoignant de l'éclairage au gaz (2005, Le Puy-en-Velay (43)).
Essai d'éclairage sur la place de la Concorde à l'aide d'une lampe à arc (1846).
---Le premier essai d'éclairage électrique date des environs de 1844: lampe à arc (essai sur la place de la Concorde en 1844), ce type d'éclairage ne se développa réellement qu'à partir de 1877. Thomas Alva Edison va parvenir à améliorer la fabrication de la lampe à incandescence ce qui va permettre sa commercialisation. Désormais les rues vont faire appel aux lampes à incandescence plutôt qu'aux lampes à arc qui pouvaient être dangereuses. Du fait de tous ces progrès, l'éclairage public a définitivement dit adieu aux allumeurs de réverbère. C'est vers 1940 que les lampes à décharges commencèrent à remplacer les lampes à incandescence. L'éclairage des voies publiques, ainsi que des industries lourdes, a, durant la période 1950-1975 environ, fait appel aux lampes à ballon fluorescent (lampes à vapeur de mercure). Encore de nos jours, dans certains petits villages, l'éclairage date des années 1940-1960. On reconnaît cet éclairage facilement: les luminaires sont peu performants comparés à ceux produits actuellement, ils sont implantés près des habitations et de façon souvent irrégulière. Aujourd'hui, ces installations sont remplacées par d'autres plus économiques et de meilleur rendement lumineux, comme les lampes à vapeur de sodium (couleur orangée) - l'éclairage public fait le plus souvent appel à ce type de lampe - et aux lampes aux iodures métalliques (couleur blanche et agréable) qui sont de plus en plus utilisées dans les rues piétonnes des villes (car leur coût reste plus élevé) par exemple.
L'éclairage public aujourd'hui
---De nos jours, le mobilier d'éclairage public doit répondre à des critères économiques, d'efficacité, de rendement lumineux, mais pas seulement car l'esthétique joue aussi un rôle fondemental (de jour comme de nuit grâce au choix des lampes et du balisage lumineux notamment). Chaque ville et village possèdent un mobilier d'éclairage différent en formes, couleurs, et applications; celui-ci contraste avec l'environnement ou met en valeur le cachet de la ville concernée. Notons aussi que l'éclairage public ne se résume plus seulement à donner de la lumière aux rues afin de les sécuriser, mais aussi à illuminer les bâtiments afin de les mettre en valeur, de créer une ambiance nocturne... Les fabriquants et les éclairagistes pour ne citer qu'eux, veillent à offrir pour le bien-être de toute la population, un éclairage durable et de qualité.
L'éclairage public aujourd'hui, au sein d'une ville.